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L’ALPINISME

Les maires de Courmayeur en Italie et de Chamonix en France se sont associés pour porter un dossier de candidature de l’alpinisme devant l’Unesco, au titre de patrimoine mondial immatériel de l’humanité.

Comment définir l’alpinisme ? Ötzi, la momie dont les restes ont été retrouvés en 1991 par des randonneurs dans un glacier autrichien était sans aucun doute, il y a trois mille ans, déjà un alpiniste. Son équipement démontre sa formidable faculté d’adaptation à ce milieu hostile.
Pour Roger Frison-Roche, l’alpinisme « c’est uniquement la notion de danger et la technique forgée par l’homme pour déjouer ses dangers qui constituent ce qu’on nomme communément l’alpinisme ». Il ajoute « À l’inverse du touriste qui recherche surtout la détente et la beauté, l’alpiniste se complait dans la difficulté à vaincre, dans le danger à surmonter, dans une lutte ardente contre les éléments et la nature ».

De tous temps les hommes ont exploré les montagnes, soit par nécessité, les bergers, les marchands, les braconniers, les chasseurs, soit par soif de découverte ou de conquête.

Il n’y a pas un alpinisme, mais des alpinismes.

La préhistoire de l’alpinisme

- Les gravures de la vallée des Merveilles dans le massif du Mercantour (Alpes-Maritimes) datées de 3300 ans avant J.-C, et celles de la Valcamonica répertoriées à partir de la période Mésolithique (VIII-VI millénaire av. J.-C.) jusqu’à l’époque de l’empire romain attestent de la présence de l’homme dans les Alpes.

- En 218 av. J.-C., Hannibal Barca parti à la conquête de Rome traverse la chaine alpine avec une armée de 60.000 hommes.

- Les légions romaines, dans une logique de conquête franchissent les cols les plus importants des Alpes.

Les origines de l'alpinisme sont liées à des évènements isolés. Quelques ascensions emblématiques :

-Le 27 avril 1336, le poète esthète toscan Pétrarque s’élève au-dessus des oliveraies pour attendre le sommet décharné, balayé par le Mistral du Mont Ventoux (1 909m).

-Le 1er septembre 1358, Bonifacio Rotario d’Asti (Italie) porte au sommet du Rochemelon (Rocciamelone) à 3 557 mètres un triptyque en bronze de la Vierge. Depuis, un pèlerinage s'y déroule chaque année.


Triptyque du Rochemelon - Texte gravé :"Hic me aportavit Bonefacius Rotarius, Civis Astensis, in honorem Domini Nostri Jesu Christi et Beate Marie Virginis. Anno domini MCCCLVIII die I september”

-L’alpinisme sportif commence avec Antoine de Ville, seigneur de Domjulien et de Beaupré, qui se hisse au sommet du Mont Aiguille (2 085 m), sur ordre du roi de France Charles VIII, en juin 1492 à l’aide d’échelles, de cordes et de crochets de fer.

-Entre 1490 et 1499, l ’artiste/scientifique Léonard da Vinci, alors Commissaire pour la Valsassina (province de Lecco), explora les "Grigne" (Préalpes lombardes) sur commande de Ludovico Sforza dit "il Moro", à la recherche de mines de fer et de cuivre, matériaux utiles à la forge pour la guerre des Milanais.
Au début du XIXe siècle, le même Leonard de Vinci s'aventura sur les pentes du Monboso  (Mont-Rose) ou Mont Bo (Préalpes de Biella) du moins partiellement

Au XVIe siècle se déroule une série de premières ascensions dans les Alpes suisses.
Durant cette période on vit partir en direction des sommets aussi des érudits suisses comme Vadianus (Joachim de Watt) qui en 1518 grimpe le Gnepfstein, sur la chaine du Pilatus. Aussi Johann Rhellicanus (Johann Muller) qui en 1534 atteint le Stockhorn, une modeste cime au pied de l'Oberland Bernois.
Tout comme Conrad Gesner, un professeur et botaniste de Zurich qui gravit le Gnepfstein et le Niesen, premier théoricien de la valeur culturelle et du plaisir d'aller en montagne.

Mais le siècle suivant verra un recul de l'intérêt pour la haute montagne que l'on n' hésite pas à nommer "Monts maudits" ou "Mont affreux".

Le XVIIIe siècle marque un moment décisif

L’avènement de la nature dont le philosophe Jean-Jacques Rousseau se fait le plus fervent apologiste est un élément déterminant d’une nouvelle pratique. Scientifiques et aventuriers s’intéressent aux Alpes désormais devenues objet d’étude et de fascination après des siècles de rejet et de crainte.

Le mois d' aout 1778 vit une entreprise collective de sept garçons Walser de Gressoney (Val d' Aoste) grimper les « quatre mille » du Mont-Rose, autour du col du Lys, à la recherche de la mythique vallée perdue de leurs pères.

En 1760, le jeune encyclopédiste genevois Horace-Bénédict de Saussure qui admire le mont Blanc du sommet du Brévent réalise que le sommet de l’Europe sera aussi la montagne de sa vie. Un quart de siècle plus tard, le 8 août 1786, le médecin Michel-Gabriel Paccard et le cristallier Jacques Balmat rejoignent à 4 807 mètres le toit de l’Europe. De Saussure, lui, effectuera l’ascension emportant avec lui de pesants instruments de mesure l’année suivante.

La conquête du mont Blanc préfigure ce qui deviendra une discipline à part entière, l’alpinisme. Vingt-cinq ans de lutte pour accéder au toit de l’Europe permettent de forger les techniques utilisées en alpinisme et de « développer chez les hommes des conceptions alpines très différentes » écrit Roger Frison Roche. Le métier de guide se précise, un matériel adapté au terrain et conditions fait son apparition. « On apprend à connaître les crevasses, les dangers des avalanches, les qualités de la neige » ajoute l’écrivain.

Les Alpes : terrain de jeu de l’Europe

Le XIXe siècle, est marqué par la conquête des plus grands sommets alpins.

Dès la première décennie, certaines cimes sont gravies :

1800 : le Grossglockner (3 798 mètres) point culminant de Autriche.

1804 : l’Ortler (3 905 mètres) Tyrol Sud.

1811 : La Jungfrau (4 158 mètres) Suisse.

Vers la moitié du XIXe siècle, les sommets les plus prestigieux cèdent aux assauts des alpinistes tels Whymper, Walker, Matthews, Tyndall, Tuckett et Coolidge, etc. qui donnent leur nom à des itinéraires de grande difficulté.
De la pointe Dufour au Mont-Rose (1855), en passant par l’Aletschhorn (1859), le Mont Viso (1861), la Barre des Écrins (1864), Aiguille Verte (1865), les Grandes Jorasses (1865) ou encore le sommet du Cervin (4 478 m) atteint par Edward Whymper le 14 juillet 1865, les cimes les plus mythiques sont gravies durant cette période où la discipline s’organise peu à peu, les techniques s’améliorent et permettent de véritables prouesses sportives.

C’est ainsi que l’alpinisme devient une activité à part entière s’émancipant de ses missions scientifiques. Avec les progrès techniques, naissent les clubs alpins et les refuges.

Alpinisme-Références bibliographiques