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Habiter les Alpes au XXIe siècle  -  par Capleymar

Les Alpes et l’homme ; une cohabitation possible ?

Annibale Salsa dans un texte publié dans la revue Dislivelli du mois d’avril 2014 ayant pour titre Les nouveaux montagnards du XXIe siècle pointe sur un certain "fondamentalisme environnemental"  qui va jusqu'à entraver la vie quotidienne de la population elle-même. 

Inversement, l’urbanisation sauvage de certaines stations de ski avec toutes les dégradations de l’environnement qu’elle engendre n’est certainement pas une solution. Certains sites des Alpes centrales et orientales inspirent un véritable sentiment d’harmonie entre l’activité humaine et la nature.  Il semble qu'il existe dans ces territoires un prototype d'assimilation de l'homme au milieu montagnard qui pourrait servir de modèle à l’ensemble des acteurs du massif.

Sans doute la recette réside-t-elle dans le fait que ces régions intègrent une culture de la montagne sans discontinuité depuis la nuit des temps. Elles ont subi en proportion moindre, les mouvements d'exode qui ont participé à la désertification de certains territoires alpins.

Aujourd’hui, on observe un phénomène de repeuplement de certaines régions de l’arc alpin. L’économie dématérialisée pourrait, en supprimant les problèmes de déplacements dus au relief,  représenter une voie, parmi d’autres,  à explorer. 

L’anthropologue et ex-président du CAI nous livre dans cet article une analyse passionnante de l’état des Alpes contemporaines, à la recherche d’une voie médiane entre tradition et modernité, viabilité économique et protection  de l’environnement.

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Habiter les Alpes au XXIe siècle

D’après un texte de Annibale SALSA*

La « sportivisation » de l’espace montagnard et un certain environnementalisme fondamentaliste d’essence urbano-centrée ont transformé les hautes terres de ce beau pays en un espace de contradictions. Mais comme en témoigne la publication de Dislivelli « Nouveaux montagnards. Vivre dans les Alpes en XXIe siècle », aujourd’hui, le scénario est en train de changer. Et nous assistons stupéfaits à l’émergence des « nouveaux montagnards ».

L’héritage du patrimoine montagnard, qui nous a été transmis dans la seconde moitié du XXe siècle, est celui d’une montagne inhabitée, rejetée, marginalisée ou idéalisée sous un angle rhétorique. Le rendez-vous avec le boom économique après la Seconde Guerre mondiale a coïncidé avec le développement de la ville, la métropole plus particulièrement, et avec une représentation bipolaire des hautes terres comme une relation schizoïde. D’une part, il y a la mère et la marâtre du monde de la montagne des vaincus, tel qu’elles sont vécues par la population comme hyper-lieu de la souffrance et non-lieu des opportunités vitales. La dualité entre nostalgie et déni a traversé les années soixante, soixante-dix et quatre-vingt du siècle dernier. D’autre part, la montagne des citadins a créé une autre forme d’ambivalence, tout aussi pernicieuse. Le désir de consommation et de divertissement a contribué à transformer certains territoires en aire de loisir, en terrain de jeu.

À certains égards, ce point de vue semble faire écho, mais avec des accents différents, à la représentation des Alpes définie par l’alpiniste anglais Lesley Stephen en termes de « terrain de jeu de l’Europe ». Cela s’est traduit par un excès de « sportivisation » de l’espace montagnard, responsable de la construction des stations de troisième génération et des installations visant à la pratique du ski total, délibérément exemptée de tout lien avec les résidents de la communauté. Dans cette affirmation de l’absolutisme d’une culture unique, la notion de « territoire » est dépossédée de sa véritable signification socio-anthropologique et réduite à l’expression « terre » de glisse.

Le revers de la médaille de cette conception a donné lieu à l’émergence d’une écologie fondamentaliste, d’essence urbano-centrée, polarisée sur le contraste entre l’homme et l’environnement. Les années soixante et soixante-dix ont posé des problèmes primordiaux de nature écologique, rendant indispensable la nécessité d’aborder la question des limites à la croissance.

La débâcle urbanistique, conséquence d’une montagne colonisée par les styles architecturaux kitch et les modes de vie qui en découlent, ont violé, dans leur orgie consumériste insatiable, cette notion de limite dont la montagne constitue un rappel perpétuel, physique et moral, malgré les séductions de la société du no-limit.

Il ne pouvait donc pas ne pas émerger une conscience critique à ce sujet.

Toutefois, l’attitude adoptée pour répondre aux nouvelles urgences environnementales, tend à considérer les populations alpines de plus en plus résiduelles, comme un obstacle à la libre expression de la nature. La philosophie de la gestion des parcs, surtout nationaux, a été conditionnée par une vision purement conservatrice où l’autochtone est perçu comme un intrus. À cet égard je me souviens des vieilles polémiques au sein des parcs entre les habitants, les administrateurs et les protectionnistes.

Dans ce contexte, il s’est installé une sorte de fausse conscience. À une « culture du oui » tolérant sans discernement toutes les formes d’infrastructures défigurant le paysage s’oppose une « culture du non », non moins irréductible, sur le front de l’interdiction. L’idée du paysage comme un espace d’interdépendance entre les montagnards et le milieu naturel a été totalement occultée.

Les quelques habitants survivants ont dû composer avec une bureaucratie asphyxiante et décourageante dans leur gestion des activités traditionnelles agricoles, sylvicoles et pastorales. Entretemps, l’évolution de la philosophie de la défense de la nature d’une position de tutelle passive vers des formes actives de protection, en particulier à la lumière d’une perception de l’environnement déclinée en termes de complexité, réserve un champ de plus en plus vaste, à une conception mâture du paysage ; non plus la dimension contemplative et esthétisante d’essence idéaliste, à l’origine des premiers actes législatifs dans l’Italie des années 1930 (Loi Bottai 1939) refuge sécurisant pour « belles âmes » hégéliennes. Au contraire, il y a une prise de conscience récente et croissante du rôle inéluctable des nouveaux hommes de la montagne considérés comme « bâtisseurs de paysage », « faiseurs de Montagne » au sens de Bernard Debarbieux. La coexistence des philosophies antagonistes du « tout permis » ou « tout interdit » a transformé le « beau pays » en un territoire de contradictions. La poursuite obsessionnelle de la vitesse à tout prix a réduit la montagne à un stade de ski et d’alpinisme, faisant imploser la relation espace-temps et suscitant l’oubli de la valeur d’un monde profondément influencé par la nature et la culture. Ces deux facteurs, plutôt que d’être placés dans un rapport de convergence et d’ascendance réciproque, ont été représentés en termes d’opposition.

Aujourd’hui nous assistons stupéfaits à la naissance de « nouveaux montagnards ». Qui se souvient des années d’après-guerre, caractérisées par l’anathème envers la montagne, éprouve un sentiment de surprise en observant les témoignages d’intérêt pour la vie sur les hautes terres.

Qu’il soit question du phénomène de « retour au pays » ou de ceux qui cherchent des lieux offrant une qualité de vie dans un monde de plus en plus invivable pour des raisons imputables à l’émergence de nouveaux besoins (« désir de communauté » de Zygmunt Bauman ?), nous sommes, à l’évidence, en présence de faits complètement inattendus.

Quand la montagne semblait devoir osciller entre l’exploitation industrielle, le consumérisme ludique et la mythification de la nature sauvage, personne n’aurait pensé qu’il subsiste encore un espace pour une action de repeuplement.

Aujourd’hui, le scénario se transforme. Cependant, il apparait comme nécessaire de s’interroger sur l’existence d’une place pour « l’homme de la montagne », en dehors des stéréotypes folkloriques, alors qu’il se sédentarise ou devient berger transhumant et doit faire face à la recrudescence des grands prédateurs.

L’idée de la montagne comme un espace réduit à une nature « intacte » et dépourvue d’êtres humains contraste en fait avec l’histoire du paysage alpin et les nouveaux « désirs de montagne ». Il faut, par conséquent, une gouvernance novatrice capable de tirer profit des erreurs du passé et d’accompagner la demande actuelle dans le but d’assurer un avenir humain et écologique à nos montagnes.

* Sa biographie en quelques mots…

Annibale Salsa (1947), Anthropologue, ex-président général du CAI, ex-doyen de l’Université de Gênes, Président du Comité Scientifique de l’Accademia della Montagna del Trentino, Membre du Comité Scientifique de la Fondazione Unesco-Dolomiti.

Vainqueur de la carde d’or de l’Itas 2008 et autres consécrations internationales avec l’essai « Il tramonto delle identità tradizionali » (Priuli & Verlucca).

Conférencier et auteur de multiples publications, également dans des contextes internationaux : scientifiques, historiques, sur l’identité des minorités linguistiques dans les Alpes.

Membre du Groupe Italien des écrivains de Montagne (GISM). Auteur – à la demande de Reinhold Messner  d’un chapitre de l’ouvrage « Dolomiti Patrimonio dell'Umanità ». Éditorialiste au quotidien trentin « L’Adige ».

Publié le 14/08/2014 16:26  - aucun commentaire - |     |
Le Ficanas au Cédac  -  par Philocat

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Dans son blog Le Ficanas, Christian Gallo nous fait part d’une excellente  nouvelle : Le concert de  Trilok Gurtu  au CEDAC de Cimiez à Nice, le 17 mai  dernier.

C’est l’occasion de tirer un coup de chapeau à quelques courageux et visionnaires agitateurs culturels…



Le CEDAC de Cimiez grâce à l’initiative de Pierre De Maria, nous offre dès le milieu des années 80 le Jazz le plus avant-gardiste du moment, prenant le relais hivernal du Festival de Cimiez. L’identité de ce dernier,  dans les années 80-90,  reposait  sur deux particularités : d’une part, la convivialité d’une fête populaire se déroulant dans un cadre mythique, d’autre part, la représentation majoritairement qualitative de la production musicale la plus inventive de l’instant.

Le CEDAC suit depuis cette époque cette ligne de programmation, enchantant les périodes de disette musicale, tandis que le rebaptisé Nice Jazz Festival s’est éloigné d’année en année, tant géographiquement que culturellement, de sa vocation initiale.

Il est vrai que la disparition de Miles Davis, Joe Zawinul, Jaco Pastorius, Michael Brecker et plus récemment Paco De Lucia prive l’offre musicale de certains de ses représentants les plus intéressants, mais  il reste de grands créateurs tels Chick Corea, Herbie Hancock dont la relève parait assurée par quelques étoiles montantes comme, le jeune Géorgien Beka Gochiashvili, l’Arménien Tigran Hamasyan ou encore l'Israélien Yaron Herman.

Le Nice Jazz Festival pendant plusieurs années a dérivé vers des voies mal définies produisant des artistes de variété internationale ou de pop musique n’ayant que peu de rapport avec le Jazz.  Désormais, il semble rejoindre une direction plus conforme à son expression première. 

Cependant, son  déracinement vers un centre-ville chaotique lui ôte la magie que lui conférait l’environnement féérique de l’oliveraie de Cimiez. Cette osmose entre culture et nature faisait de ce festival, un évènement unique dans le paysage des manifestations estivales.  C’était une sorte de « Contre Juan Les Pins », la représentation  jazzistique par essence  de l’été, dont la prestigieuse programmation ne prend guère de risque en proposant des artistes de grande qualité certes, mais déjà célèbres et frustrant ainsi le public de nouvelles émotions. 

Publié le 28/07/2014 10:09  - aucun commentaire - |     |
La ballade de Bavella  -  par Philocat

Enfin une une approche hédoniste de l'escalade... On sent les odeurs minérales, empyreumatiques de la Corse.

Certes, la voie est tout de même côtée 8a+, mais à aucun moment on a une impression de force ou de violence. La difficulté apparaît comme une équation à résoudre et mis à part les pieds, le corps ne semble pas souffrir.

Cette progression tient plus de la chorégraphie que d'un challenge sportif même si la performance est bien réelle.

La poésie du texte et la beauté des images nous offrent 13 minutes de bonheur vertical.

Publié le 22/05/2014 14:14  - aucun commentaire - |     |

Comment peut-on être Anticapitaliste ?

La lecture de l'excellent "Philosophie magazine" n°26 de Février 2009 dans lequel figurait un passionnant dossier intitulé "Comment peut-on être Anticapitaliste ?", m'a inspiré les lignes qui suivent.


Comme beaucoup d'entre nous, je cherche des pistes...

Il en résulte que le capitalisme mondialisé et dérégulé se définit comme , "connexioniste" pour Luc Boltanslki, "liquide" pour Zygmunt Bauman, "réticulaire" pour Toni Négri, "psychique" pour Bernard Stiegler, "total" et "sans dehors" pour Jean Baudrillard et Alain Badiou, "cataclysmique" pour Paul Virilio.

Instauré comme système unique, il n'est pas viable à long terme (jusque là nous avons toujours été d'accord !) car l'homme n'est pas réductible à un être exclusivement attaché à la poursuite rationnelle de son intérêt. Il est aussi un être-pour-autrui, capable de don et de désintéressement. Ouf ! On n'y croyait plus !

A partir de ce constat, plutôt rassurant sur la nature humaine, certains de ces penseurs ont leur petite idée...

Ø  Mohammed Yunus propose deux systèmes qui cohabiteraient, l'un capitaliste basé sur la recherche du profit, l'autre altruiste régit par la seule gratuité.

Ø  Michael Walser évoque un "constitutionnalisme économique"  capable de délimiter les biens communs ; la santé, l'éducation, l'environnement, la justice sociale doivent être exclus de la sphère marchande.

Ø  Toni Negri pense que ce sont les individus (la Multitude) s'organisant spontanément en réseau qui peuvent contrer le capitalisme impérial. Le combat de Toni Negri se veut une lutte pour le triomphe de l'amour sur l'individualisme, véritable fondement de l'exploitation.

Ø  Bernard Stiegler estime que l'hyperconsommation satisfait en les renforçant, nos  pulsions et non pas nos désirs. Or les pulsions sont proprement destructrices tandis que les désirs sont source de création. il considère la crise actuelle comme une "désublimation" mortifère. La résolution de la crise passerait par l'instauration d'un capitalisme participatif, dans lequel l'homme ne serait plus un objet mais un véritable sujet du système. Cette mutation serait rendue possible par les techniques modernes de communication.

Etc.

Quelques réflexions lumineuses émaillent ce dossier captivant ....    

"La valeur véritable, celle qui devrait être recherchée et pratiquée, c'est la bonté et non le "bien". De nombreux crimes répugnants, aussi biens collectifs qu'individuels, ont été perpétrés, au cours du siècle dernier (et encore aujourd'hui), au nom du bien. Le bien renvoie à une valeur absolue : si je sais ce que c'est, je suis autorisé à justifier n'importe quoi en son nom. La bonté signifie au contraire écouter l'autre, elle implique un dialogue, une sensibilité aux raisons qu'il ou elle peut invoquer."

Zygmunt Bauman

Aux U.S, "l'enjeu  de la compétition, c'est la survie d'une famille, les soins de santé pour les enfants, une éducation décente, la dignité des personnes âgées. De tels risques ne laissent pas beaucoup  de place à la moralité. Car les gens n'agissent décemment que s'ils sont traités décemment"

Michael Walzer

Réussirons-nous à émerger des "eaux glacées du calcul égoïste ?"(K.Marx)


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Publié le 19/12/2010 00:38  - aucun commentaire - |     |