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LE TOURISME ALPIN A L’HEURE DU VIRUS. (Entretien à la CIPRA)

La crise que nous vivons actuellement met finalement en exergue les questions récurrentes soulevées par la fréquentation touristique en général et en particulier dans les territoires alpins.

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En effet, le problème fondamental réside dans l’équilibre entre une fréquentation intensive dans les grandes stations de sports d’hiver mettant en péril l’équilibre écologique et un nombre de visiteurs insuffisant à faire vivre certaines zones alpines. Le géographe, Werner Bätzing, étudie depuis longtemps ce phénomène au travers de deux communes situés aux deux extrémités de la chaine, Sambuco dans le Piémont (Italie) et Bad Gastein dans le land de Salzbourg (Autriche)

La crise du Covid-19 ayant entrainé la fermeture prématurée des stations de sports d’hiver, comment alors penser l’avenir touristique, une des sources de revenus majeures de l’arc alpin ?

La question a été posée à Stefanie Pfahl qui dirige le département du tourisme et des sports de la BMU, le ministère fédéral allemand de l'Environnement, de la conservation de la nature et de la sûreté nucléaire.

Le deuxième expert interrogé est Christian Baumgartner. Il enseigne et recherche sur le tourisme durable à l'Université des Grisons / CH et est vice-président de CIPRA International.

L’entretien a été conduit par Michael Gams et Paul Froning représentants de la CIPRA.

La promiscuité dans les grandes stations à l’instar des zones urbanisées est un terreau pour cette maladie. C’est une des dérives du tourisme intensif moderne pense Christian Baumgartner.

Les médias allemands ont qualifié certaines stations alpines, fréquentées par une majorité de touristes allemands, de véritables « nids » à Coronavirus. Stéfanie Pfal considère que c’est un phénomène tellement nouveau que l’on peut se demander si les règles de sécurité sanitaire ont été respectées. Par ailleurs, ce qui s’est déroulé dans le Tyrol n’a pas été complètement éclairci, mais est-ce vraiment utile ? Les autorités ont attendu la dernière minute pour fermer les stations, ignorant les symptômes manifestes de la maladie de leurs employés. Les intérêts économiques ont clairement prévalu sur les intérêts sanitaires.

Les stations de sports d’hiver dans le Tyrol songeaient à rouvrir à la mi-mai, mais le public a déjà compris qu’il faudrait sans doute davantage de temps pour pouvoir se déplacer de nouveau en toute liberté et que peut-être il ne pourrait retrouver ce qu’il aimait faire avant l’arrivée du virus.

Quoi qu’il en soit il faudra veiller au respect de l’environnement.

Donc, les questions qui devaient être soulevées lors de la conférence du BMU (Bundesministerium für Umvelt) sur la durabilité du tourisme de plein air, initialement prévue au mois de mai et reportée à l’automne ou à l’année prochaine, prendront en considération les effets de la pandémie.

Nos deux intervenants s’accordent sur le fait que le tourisme de plein air même après la crise du Covid-19 devra répondre à deux exigences :

  • -          Les activités sportives de plein air devront être gérées judicieusement pour limiter leur impact sur l’environnement
  • -          Par ailleurs, c'est bien sûr un pilier économique vital que l’on ne peut pas négliger et donc la question de la crise économique générée par le Coronavirus sera à prendre en considération.

Comment peut-on alors concevoir le tourisme de plein air comme un pilier économique en limitant en même temps l’utilisation des ressources naturelles et environnementales ?

Christian Baumgartner évoque la crise de 2009/2010/2011 pendant laquelle les territoires engagés dans un « tourisme doux » ont été moins frappés par la crise que les grands centres touristiques.

Les clients se montraient plus fidèles et revenaient plus souvent à l’occasion de leurs congés.

De manière générale, la diversification des activités économiques peut représenter une solution, car une concentration supérieure à la moyenne de l’économie régionale dans un secteur unique, en l’occurrence le tourisme, a un impact considérable en situation de crise. Le tourisme doit faire partie d’un développement régional, et répondre à des orientations bien définies.

Actuellement, en raison de la crise, beaucoup d’entreprises ne survivront pas, en particulier les plus petites. Le tourisme international des voyagistes va subir un grand déclin. Mais avec des aides de l’État, le tourisme interne et transfrontalier peut repartir. L’aspect culturel devra être développé, de sorte que la région puisse vivre toute l’année en mettant en valeur et préservant dans le même temps son patrimoine.

Il faudra quoi qu’il en soit adopter une approche régionale globale en prenant en compte différents paramètres comme « la consommation électrique, la mobilité touristique et d’autres domaines pertinents tels que l’agriculture et la biodiversité ». « L’objectif doit être d’axer la politique d’aide sur des interventions en réseau, viables et à long terme en faveur d’un tourisme hivernal ou quatre saisons durable, et de conserver la valeur ajoutée sur le territoire ».

Cette crise sanitaire pourrait être l’occasion de tendre vers un rééquilibrage géographique et économique des activités dans l’arc alpin en permettant aux différentes régions de se développer harmonieusement.

Alpentourismus in der Coronakrise (podcast)

Coronavirus : le tourisme alpin frappé de plein fouet

Publié le 15/04/2020 15:00  - aucun commentaire -

Le statut de patrimoine de l’UNESCO est-il un gage de protection  des sites classés ?

Dans la publication du mois de juillet 2019 de la CIPRA, Andreas Riedl, directeur de CIPRA Haut-Adige, pose cette question intéressante, voire préoccupante.

La Grossglockner-Hochalpenstrasse se verra vraisemblablement attribuer bientôt le statut de patrimoine mondial de l’UNESCO. Or, on constate que cette distinction qui est supposée offrir une protection des sites classés, est à l’origine dans bien des cas de dérives liées au tourisme de masse. Ainsi, certains sites des Dolomites par exemple, sont actuellement saturés, voire dégradés par la sur fréquentation touristique.

La promotion des sites bénéficiant de ce statut ne va-t-elle pas à l’encontre de leur conservation ? Qu'adviendra-t-il du site du Mont-Blanc candidat au patrimoine  mondial ou d'autres lieux qui souffrent déjà des effets délétères du tourisme de masse  ?

https://www.cipra.org/fr/nouveautes/se-debarrasser-des-fantomes-de-l2019unesco

https://www.la-croix.com/France/Le-Mont-Blanc-vise-Patrimoine-mondial-lUnesco-2017-10-30-1200888322

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Publié le 09/08/2019 14:48  - aucun commentaire -

Le tourisme alpin : une relation contradictoire avec le paysage

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Dans le numéro 104 de la revue thématique Alpenscène, au titre évocateur «  Le paysage est négociable », la CIPRA (Commission Internationale pour la Protection des Alpes) met en évidence la relation paradoxale du tourisme avec le paysage alpin. Une des vocations principales de la CIPRA consiste précisément à proposer des solutions transnationales pour un développement durable dans les Alpes.

Les Alpes, un univers exotique pour le citadin

« Faire une ascension c’est passer ainsi du monde civilisé à une nature en quelque sorte exotique… » écrit Jean-Paul Guérin.

Pourtant l’homme signale sa présence depuis la fin du quaternaire. Les bergers à la tête de troupeaux d’ovins conquièrent les alpages et avec les progrès technologiques (métallurgie du bronze puis du fer), la pression démographique et la nécessité de se nourrir, de se chauffer, la présence humaine marque fortement son empreinte sur l’environnement. Ainsi les forêts exploitées pour différentes raisons sont façonnées depuis longtemps par l’homme. La culture des céréales en altitude qui constitue une source de nourriture conséquente modèle également le paysage.

Avec l’exode, l’abandon des terres implique une nouvelle modification du milieu naturel et de la faune.

Toujours selon le géographe Jean-Paul Guérin, l’homme et la nature alpine ont évolué concomitamment. Il n’existe pas à proprement parler de nature vierge que l’homme aurait colonisée, mais un paysage « produit - en continu - de l’action de l’homme. » Par ailleurs, la pression de la modernité est très inégale dans l’ensemble des Alpes, certains secteurs sont très urbanisés, tandis que d’autres ne sont plus marqués par l’action humaine depuis des décennies, ce qui ouvre des perspectives nouvelles sans que l’on puisse préjuger d’un équilibre potentiel.

Ainsi le paysage alpin ne se résume-t-il pas à une nature domptée par l’être humain, il revêt tantôt une apparence sauvage, tantôt une configuration par endroit très urbanisée.

Une dimension esthétique des paysages

Au-delà des contingences matérielles qui ont conduit l’homme par nécessité d’adaptation à façonner en partie son milieu naturel, il existe une dimension symbolique dans les paysages de l’arc alpin. Ils naissent de la perception par l’être humain de son environnement. Cette perception varie en fonction de chaque individu, de sa culture, de son histoire.

Toutefois, les normes et valeurs sociales conditionnent notre appréhension du paysage. Les intérêts parfois contradictoires peuvent être source de conflits : protecteurs de l’environnement et adeptes du marketing touristique ne partagent pas toujours des objectifs convergents. Dans de nombreuses régions des Alpes, le tourisme repose sur un paradoxe : les sites naturels et ruraux constituent l’essence de l’activité touristique qui  dans le même temps est grande destructrice de paysages alpins.

La voie de la raison

Face au dérèglement climatique entrainant la pénurie de neige, à l’urbanisation à outrance et ses effets délétères sur l’environnement, la nécessité d’une orientation touristique nouvelle, s’impose. Cette direction innovante, plus respectueuse d’un équilibre entre l’homme et la nature devra être adoptée en concertation avec tous les acteurs du territoire.

À l'inverse des erreurs commises précédemment, il faut pour faire évoluer les mentalités une réelle synergie : les responsables de parcs doivent prendre en compte l’avis et la vie des résidents et les habitants doivent comprendre que leur patrimoine naturel est leur véritable ressource économique, en détruisant leur environnement, ils portent un coup fatal à leur source de revenus.

La série de quatre documentaires passionnants, diffusée du 4 au 7 février derniers sur France Culture dans l’émission LSD, illustre parfaitement au travers de l’histoire du Parc de la Vanoise, la difficulté à concilier des intérêts parfois divergents, mais finalement souvent convergents.

https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/vanoise-un-parc-national-pour-qui-14-quand-un-territoire-devient-parc-national

https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/vanoise-un-parc-national-pour-qui-24-tarentaise-a-la-poursuite-de-lor-blanc

https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/vanoise-un-parc-national-pour-qui-34-haute-maurienne-un-parc-conteste-par-ses-habitants

https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/vanoise-un-parc-national-pour-qui-44-bestiaire-dune-zone-protegee

Publié le 22/02/2019 08:58  - aucun commentaire -

Le directeur de CIPRA International, Kaspar Schuler, lance un appel à la sagesse.

Dans un communiqué de presse et devant la montée des crises politiques au sein de l'Europe, Kaspar Schuler encourage les pays alpins à partager un espace commun et à lutter de manière solidaire contre une double menace : la crise climatique et les nationalismes.

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"Entretenir la flamme de la solidarité au lieu d’allumer le feu de la discorde"...

Voici son texte :

"La crise climatique et le nationalisme sont les deux plus grandes menaces de notre temps, déclare Kaspar Schuler, directeur de CIPRA International depuis juin dernier, à l’occasion du 30e anniversaire de l’action « Feux dans les Alpes ».

Tout a commencé il y a 30 ans : dans la haute vallée de Madris dans les Grisons, tout près du Val Bregaglia italien, un feu a brûlé en montagne pour lancer un appel à l’aide et à la résistance. Je travaillais alors comme berger alpin. Avec une poignée de gens courageux, habitants de souche et nouveaux arrivants, je me suis battu avec ma famille contre un projet de retenue destiné à une centrale de pompage-turbinage – un projet comme il en existait des douzaines à l’époque dans les Alpes suisses. La construction débridée d’autoroutes de transit à travers les Alpes, la dévalorisation de l’agriculture de montagne, l’avènement des canons à neige et la prolifération des stations de ski nous ont également mobilisés pour la défense de l’environnement. Les feux traçaient un lien entre les thématiques, les régions et les gens. Nous imaginions cette chaîne de lumières vue par un oiseau survolant de nuit les Alpes, de Vienne/A à Nice/F.

La diffusion de la notion de durabilité en tant que concept fondamental du développement montre que les innombrables pionniers avaient raison. En particulier ceux qui, depuis les années 1950, ont défendu inlassablement l’idée d’un traité de protection à l’échelle alpine. Ce traité est devenu réalité en 1995. Depuis cette date, la Convention alpine définit le cadre politique d’un développement économique compatible avec le respect de l’environnement.

Mais le travail n’est pas terminé. Une crise climatique imminente menace la région alpine. Et un poison bien connu palpite dans les veines de nombreux habitants des Alpes : le nationalisme.

Le changement climatique a montré ses crocs cet été avec la grave sécheresse qui a frappé les Alpes germanophones et qui, dans certains endroits, a entraîné une interdiction générale de faire du feu. Les feux dans les Alpes ont donc été remplacés par un show lumineux qui a fasciné les participants de l’événement organisé par l’Initiative des Alpes, Mountain Wilderness et la CIPRA à l’occasion du 30e anniversaire de l’action.

Le nationalisme célèbre une sombre renaissance en promettant des recettes simples pour résoudre les problèmes politiques. Or, il ne produit qu’une seule chose : des perdants. Mes vacances d’été au bord des eaux turquoise de la Soça en Slovénie me l’ont rappelé. Les rencontres chaleureuses avec les habitants des Alpes juliennes m’ont fasciné, au-delà des langues et des frontières. Mais les cicatrices du front de l’Isonzo encore visibles à flanc de montagnes et dans les villages ont ravivé en moi les terribles souvenirs de la Première Guerre mondiale. Au nom des idéaux nationalistes, les soldats slovènes, autrichiens, hongrois, allemands et italiens se sont entretués pendant deux ans sur les crêtes et dans les vallées, dans des combats qui ont coûté la vie à quelques 200 000 personnes.

C’est donc à nous, les habitants des Alpes d’aujourd’hui, qu’il incombe d’affronter ces deux menaces : le nationalisme et la crise climatique. Avec des actes d’innovation et de modestie, avec esprit d’ouverture et humanisme, unis par-delà les cimes et les frontières nationales. Pour que les feux ne brûlent pas en dévastant tout sur leur passage comme la guerre ou les feux de forêt, mais qu’ils fassent naître dans nos cœurs une flamme de solidarité."

https://www.cipra.org/fr/nouveautes/point-de-vue-entretenir-la-flamme-de-la-solidarite-au-lieu-d2019allumer-le-feu-de-la-discorde

Publié le 20/10/2018 08:36  - aucun commentaire -
Le Mont-Blanc sur réservation  -  par Capleymar

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Le Mont-Blanc sur réservation

J’ai eu envie d’écrire ce texte dans le prolongement des articles de Cédric Sapin-Defour et Jocelyn Chavy, tous deux parus dans la jeune revue en ligne Alpinemag.

Il s’agit du fameux permis pour l’accès par la voie normale du Mont-Blanc que le premier magistrat de Saint-Gervais compte mettre en place.

Cette petite révolution dans le monde de la montagne a déjà fait couler beaucoup d’encre.

Le texte de Cédric Sapin-Defour est à l’évidence volontairement excessif (néanmoins remarquablement écrit), et provocateur. Le maire de Saint-Gervais, Jean-Marc Peillex n’a certainement pas prononcé ces paroles, mais il a sans doute mis délibérément en exergue ce qui demeurait anecdotique : un peu comme, actuellement en Italie, on a tendance à rendre responsables les migrants de tous les actes de délinquance perpétrés sur le sol transalpin.

Je ne pense pas que les gens se battent régulièrement aux portes du refuge du goûter, mais plutôt qu’ils ont envie de partager une expérience unique. Il y a sans doute des excès dus à la sur fréquentation de la voie normale, mais globalement est-ce réellement ce genre d’incident qui domine ?

Il n’en reste pas moins que l’afflux touristique immodéré provoque, comme toujours, des dérives peu souhaitables, mais pour autant, l'instauration d'un permis est-elle la solution ? Seuls ceux qui pourront s’offrir un guide auront la possibilité d’accéder au toit de l’Europe puisque l’ascension sera conditionnée à la disponibilité en refuge et à la réservation par les guides rendue vraisemblablement prioritaire. Si ce permis est gratuit, c’est du moins ce qu’annonce le maire de Saint-Gervais, le restera-t-il et quels seront les critères de sélection à remplir pour son obtention ? Quelles seront les modalités de contrôle appliquées par « la brigade blanche » et quelles seront les sanctions encourues ?

Le premier magistrat de Chamonix, Éric Fournier apparemment non concerté, déplore cette décision, qui va selon lui déplacer le problème et sans doute l’aggraver en matière de sécurité : les alpinistes refoulés de la voie normale emprunteraient un itinéraire plus technique et plus dangereux (l’ascension par les trois monts).

De manière générale, cet évènement pose la question fondamentale de la liberté.

 

La montagne est par essence un espace de liberté.  De quel droit peut-on en autoriser ou en restreindre l’accès ?

Le paradoxe à l’heure actuelle c’est que les endroits préservés des excès générés par le tourisme de masse par des parcs naturels nationaux ou départementaux deviennent tellement protégés que quasiment tout y est interdit et réprimé. Mais, dès que les frontières du parc sont franchies, le bruit et la fureur reprennent leur droit. Ainsi les grands cols alpins sont-ils le théâtre d’une frénésie touristique démesurée : la rumeur des véhicules en tous genres résonne dans les parois et le calme si précieux de la nature se trouve sérieusement compromis. Il en va de même pour les stations de sports d’hiver et leur impact délétère sur l’environnement.

Alors, comment faire pour que la montagne ne devienne privatisée et réservée à une élite sans que pour autant elle se transforme en Disneyland d’altitude ?

Apparemment, nul ne détient la solution, mais des pistes sont déjà envisagées dans le cadre d’un tourisme « doux » qui consiste à considérer la montagne sous un angle différent de celui de la performance.

Tout est dans la nuance évidemment…

Pour aller plus loin...

https://www.montagnes-magazine.com/actus-un-permis-mont-blanc-vraiment

https://www.francebleu.fr/infos/societe/en-2019-il-faudra-un-permis-pour-monter-au-sommet-du-mont-blanc-1536011827

https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/haute-savoie/chamonix/permis-gravir-mont-blanc-que-sait-on-brigades-blanches-qui-seront-chargees-du-controle-1535796.html

Publié le 25/09/2018 14:25  - aucun commentaire -

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Paul Rebeyrolle

Arturo ESCOBAR : Faire monde

Le numéro du 27/06/2018 de l’excellente émission « Matières à penser » de Dominique Rousset, ou comment « penser demain » au carrefour de la science et de l’écologie, de l’économie et la vie sociale, était consacré à Arturo Escobar anthropologue colombien. Voici une tentative de résumer l’essentiel de sa pensée.

Arturo Escobar s’inspire du mouvement sud-américain dit « décolonial ».  Ce dernier remet profondément en cause la conception dualiste et hégémonique occidentale qui sépare corps et esprit, émotion et raison, savant et indigène, humain  et animal, végétal et corporel. C’est d’ailleurs révélateur d’un tournant de l’anthropologie moderne incarné entre autres par Philippe Descola qui considère comme problématique la pensée dualiste occidentale basée sur la séparation entre nature et culture. 

Le concept fondamental d' Arturo Escobar est une invitation à « pluraliser les mondes ». Pour cela, il remet profondément en question le système occidental fondé sur l’individualisme, la compétition et la domination.

Il s’appuie sur les mouvements d’Amérique latine tels les zapatistes au Chiapas, les Aymaras en Colombie, etc. 

Pour lui, ces mouvements représentent un avant-gardisme dans le mode d’organisation de la société sur la base d’autonomies locales fondées sur des relations sociales non capitalistes. Sa vision écologiste repose sur le souhait de composer un monde à partir de tout y compris les éléments de la nature, montagne, rivière, mer, etc. qu’il considère comme des « êtres sensibles ». Sa pensée s’articule autour de concepts tels : le décolonialisme, le post-extractivisme (ex. d'extractivisme : la déforestation), les nouvelles « pensées ontologiques pluriverselles » construites autour de la « relationalité » et de la « communalité ». 

Pour A.E, il existe des liens de continuité entre les mondes biophysiques, humains et surnaturels.

« Toutes les choses du monde sont faites d’entités qui ne préexistent pas aux relations qui les constituent ». Dit-il .

Il prône une politique de la « relationalité » qu’il retrouve dans différents mouvements sociaux sud-américains, mais aussi occidentaux, comme les zadistes de Notre-Dame-des-Landes. 

Tout en critiquant l’universalisme occidental sous ses aspects dominateurs, il défend un universalisme qui serait fondé sur un projet commun destiné à se reconnecter avec la terre, pour mieux vivre avec elle.

Publié le 17/08/2018 11:12  - aucun commentaire -
Les Alpes comme refuge  -  par Capleymar
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Hommage aux habitants des Alpes

Depuis plusieurs années maintenant, les habitants de la Roya (Alpes-Maritimes) ainsi que de la Ligurie de l’autre côté de la frontière, de Briançon dans les Hautes-Alpes et de Bardonecchia sur le versant italien ont créé une chaine de solidarité pour venir en aide aux migrants.

Ces derniers se jettent à corps perdu dans une mer souvent hostile, dans des conditions qui dépassent l’imagination, à bord d’embarcations de fortune, et sachant qu’ils n’arriveront peut-être jamais sur les rives salvatrices. Là, une lueur d’espoir éclaire un horizon obscur. Confrontée brutalement aux bureaucraties occidentales, elle s’éteint rapidement.

S’en suit une errance de pays en pays sur les chemins les plus vertigineux, par les cols les plus escarpés dont la neige efface les contours ; ni l’hiver glacial des sommets ni les sentiers abrupts et rocailleux ne sont dissuasifs.  

L’énergie du désespoir est plus puissante, le courage n’a pas de limites.

L’écrivain et alpiniste Erri de Luca  nous dit : « Ce qui me frappe, c’est à quel point on peut être aveugle face à la montagne. Le pouvoir politique s’imagine que les montagnes sont des barrières, des murailles. Mais les montagnes sont le plus grand éventail de passages possibles. Entre des versants et à travers un réseau immense de sentiers non contrôlables empruntés par toute l’histoire humaine. Les montagnes sont une voie de communication. Les Hautes-Alpes n’ont jamais empêché une armée… Les pouvoirs s’imaginent qu’on peut bloquer les montagnes. Mais si on peut passer par un endroit aussi inconfortable que le sommet du mont Blanc, on peut passer partout ! »

Dans ce contexte naturel sublime et dangereux, des solidarités s’expriment. Les habitants de l’arc alpin se mobilisent pour accueillir, aider, soigner, réconforter montrant ainsi que la montagne représente une barrière, mais aussi un refuge. Ils sont condamnés pour ces actes d’humanité qui deviennent de véritables actes de bravoure.

" Quand la fraternité est illégale, il faut désobéir..." ajoute Erri de Luca.

 

Publié le 10/06/2018 11:13  - aucun commentaire -

Le réchauffement climatique et ses conséquences sur la fiabilité de l’enneigement naturel

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Une saison de ski alpin débute généralement à la mi-décembre et s’achève à la mi-avril, soit environ 120 jours d’activité à nuancer bien entendu en fonction de l’enneigement. Les pics de fréquentation se situent pendant la période Noël/Jour de l’An, les vacances de février et de printemps.

La viabilité financière du tourisme d’hiver repose donc dans une large mesure sur :

- Les précipitations neigeuses

- La fiabilité de l’enneigement des domaines skiables

Quelle est la quantité de neige nécessaire pour assurer l’exploitation des pistes de ski ?

D’un point de vue strictement technique, 30 centimètres de neige suffisent pour assurer un fonctionnement sans danger.

50 centimètres offrent des conditions satisfaisantes et 75 centimètres des conditions excellentes.

Cependant, les pentes rocheuses, à des altitudes élevées, peuvent exiger une épaisseur de neige beaucoup plus importante pour être skiables (jusqu’à 1 mètre).

Sous l’influence du réchauffement climatique, le manteau neigeux alpin diminuera et impactera la fiabilité de l’enneigement naturel. La fiabilité de l’enneigement naturel s’appuie principalement sur la règle des 100 jours (Witmer (1986),selon laquelle pour exploiter un domaine skiable avec un résultat satisfaisant, il faut un manteau neigeux suffisant pour la pratique du ski pendant au moins cent jours par saison. Cette règle n’est pas immuable, mais elle représente un outil de travail utilisé par exemple par bon nombre de grands domaines en Suisse.

Selon les estimations, dans un climat plus chaud, la limite des neiges, ainsi que la limite de la fiabilité de l’enneigement naturel, monteraient de 150 mètres par degré Celsius gagné (Föhn, 1990 et Haeberli et Beniston, 1998).

Dans une perspective de modification du climat plus ou moins importante, nous pourrions être amenés au constat suivant :

  1. Dans les régions où la limite de la fiabilité de l’enneigement naturel se situe actuellement à 1050 m, elle passera à 1200 m, 1350 m ou 1650 m si le réchauffement est de 1 °C, de 2 °C ou de 4 °C, respectivement.
     
  2. Dans les régions où la limite de la fiabilité de l’enneigement naturel se situe actuellement à 1200 m, elle passera à 1350 m (1 °C), 1500 m (2 °C) et 1 800 m (4 °C).
     
  3. Dans les régions où la limite de la fiabilité de l’enneigement naturel se situe actuellement à 1500 m, elle passera à 1650 m (1 °C), 1800 m (2 °C) et 2 100 m (4 °C)

Incidences globales dans l’arc alpin

On compte 666 domaines skiables alpins dans l’ensemble du massif.

Dans les conditions climatiques actuelles, 609 des domaines peuvent être considérés comme fiables du point de vue de l’enneigement naturel.

Dans la perspective d’un réchauffement, le nombre de domaines fiables pourrait chuter de :

Pour 1 degré à 500 (75% des domaines existant aujourd’hui)

Pour 2 degrés à 404 (61% des domaines existant aujourd’hui)

Pour 4 degrés à 202 (30 % des domaines existant aujourd’hui)

Incidences au niveau national dans les différents pays de l’arc alpin

La sensibilité des domaines skiables au changement climatique est très différente d’un pays à l’autre.

L’Allemagne vient en tête des pays les plus touchés, suivie par l’Autriche, la France reste dans la moyenne et l’Italie se maintient un peu au-dessus. En Suisse, les conséquences sont moins sensibles.

Pays Nombre de domaines skiables Enneigement fiable dans les conditions actuelles +1°C +2°C +4°C
 Autriche 228 199 153 115 47
Suisse 164 159 142 129 78
Allemagne 39 27 11 5 1
France 148 143 123 96 55
Italie 87 81 71 59 21
Total 666 609 500 404 202

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Autriche et Allemagne

Ce sont les pays les plus affectés, car beaucoup de domaines se situent à faible altitude, comme en témoignent celles de Schladming et de Kitzbühl, mondialement connues, qui ne se trouvent qu’à 745 m et 800 m au-dessus du niveau de la mer. Il en va de même pour les stations bavaroises.

Suisse

Les domaines skiables de Suisse seront les moins atteints par les conséquences du réchauffement climatique de toutes les Alpes. Cependant, il existe de nettes différences entre régions. Si l’enneigement naturel restait fiable dans une vaste majorité des domaines des Grisons et du Valais, toutes les autres régions de Suisse seraient touchées beaucoup plus durement.

France

En France, beaucoup de domaines skiables atteignent des altitudes assez hautes. Cela est dû à la présence de massifs élevés et à la construction de « stations intégrées » (stations créées uniquement pour la pratique du ski) pour lesquelles le tourisme d’hiver français est réputé. Ces stations par elles-mêmes sont généralement situées à des altitudes relativement élevées, au-dessus des villages traditionnels.

Italie

De manière générale, les domaines skiables italiens se caractérisent par des plages d’altitude élevée. Beaucoup de stations d’altitude se trouvent dans le Nord-ouest, dans les hauts massifs du Mont-Blanc et du Mont-Rose. L’impact du changement climatique serait donc plus atténué. Les massifs de la partie orientale seraient plus durement affecté.

14-stations-ski-Alpes-nord-face-rechauffement-climatique-Tome-2.pdf

OCDE_Changement Climatique.pdf

L’hiver sans neige sonne le glas du ski industriel

La neve è finita

Le billet économique : Les stations de ski face au défi climatique (Marie Viennot-France Culture)

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Les stations_de_ski_face_au_defi_climatique.pdf

Reportage de "C'est pas sorcier".

Publié le 31/03/2018 13:09  - aucun commentaire -
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Voici quelques données très intéressantes sur l’économie du ski et son devenir face au changement climatique.

Dans sa captivante chronique « La bulle économique - A qui profite le ski ? » sur France Culture, Marie Viennot décrit en quelques minutes, mais avec beaucoup de précision tout le système lié à cette activité sportive, le poids économique quelle génère et la fragilité qui la menace.

Avec ses 250 stations de ski, la France est la troisième destination en journée de ski (51 millions en 2017) après l’Autriche et les États-Unis (54 millions).

Le ski peut représenter une activité très lucrative, mais aussi un gouffre financier. Les investissements sont très lourds (remontées mécaniques, canons à neige) et les revenus aléatoires.

D’autant qu’avec le réchauffement climatique, le problème de l’enneigement se pose de manière prégnante.

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A qui profite le ski?

Publié le 24/02/2018 15:57  - aucun commentaire -

Un article intéressant de la CIPRA sur le mode de vie alpin du XXIe siècle.

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D’un côté, des villes qui prospèrent, de l’autre, des villages de montagne qui se vident. La réalité est rarement aussi nette que l’image que l’on s’en fait. Certes, les régions rurales ont souvent des taux de croissance inférieurs à ceux des centres urbains, voire parfois négatifs. Mais la croissance n’est pas un paramètre de la qualité de vie.

main_011.gifHabiter_et_travailler_dans_les_Alpes

Publié le 17/02/2018 16:24  - aucun commentaire -
Werner Bätzing et Whatsalp  -  par Capleymar

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Werner Bätzing et Whatsalp

Le 22 septembre dernier, nous rejoignions le géographe Werner Bätzing à Sambuco un village de la Valle Stura dans le Piémont italien. Werner y organisait une excursion ayant pour thème la visite de villages/hameaux de montagne, de moyenne altitude (1400 mètres), habités jusqu’aux années soixante et désormais abandonnés.

Le géographe, grand spécialiste des Alpes, étudie depuis longtemps cette vallée des Alpes occidentales qui accuse une tendance régulière au dépeuplement.  Ses différents ouvrages mettent en évidence le contraste avec une autre région des Alpes située à l’est de la chaine en Autriche, Gastein. Ce centre thermal également station de sports d’hiver de style « Belle époque » développe une activité économique florissante qui explique en partie le dynamisme de sa démographie.

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Cette excursion était organisée à l’intention des marcheurs de « Whatsalp ». Ce groupe de spécialistes des Alpes qui œuvre dans le cadre de « La convention alpine » entamait une traversée pédestre de la chaine alpine avec pour double objectif de dresser un état des lieux des Alpes en 2017 et d’établir une comparaison avec le constat délivré en 1992 par le groupe « TransAlpedes ». Certains protagonistes de ce dernier participaient au projet Whatsalp 2017 qui réalisait le même parcours.

L’aventure débutait à Vienne le 3 juin 2017 et s’achevait à Nice le 29 septembre.

Ce long périple de 1800 km était émaillé de rencontres avec des collectivités, des individus qui œuvrent pour les Alpes, plusieurs centaines de personnes accompagnaient le groupe pendant une ou plusieurs étapes.

Voici en quelques points, les constats les plus importants :

  • Le réchauffement climatique a continué de progresser et ses conséquences sont de plus en plus visibles.
  • De nouvelles formes de tourisme proches de la nature s’opposent à un tourisme intensif et non écologique, orienté vers une clientèle mondiale.
  • Le transit des marchandises par la route a continué d’augmenter, et le trafic de loisir motorisé s’est lui aussi fortement développé au cours des 25 dernières années.
  • La transition énergétique entraîne de nouveaux conflits entre les projets énergétiques et la protection des paysages.
  • Pour les nouveaux parcs et les grands espaces protégés, une question se pose : protéger les paysages ruraux ou la nature sauvage ?
  • L’agriculture biologique est devenue depuis 1992 une réalité dans de nombreuses vallées, tandis que d’autres territoires restent dominés par une agriculture et une exploitation forestière intensives et non écologiques.
  • La population des Alpes croît rapidement, mais de nombreux territoires sont touchés par un dépeuplement massif ; et l’arrivée de réfugiés par l’Italie confronte les régions alpines à de grands défis.

Une conclusion plutôt optimiste…

L’espace alpin peut être façonné de manière plus soutenable dans les 25 prochaines années, avant qu’un autre groupe n’entreprenne une nouvelle traversée des Alpes.

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Premier bilan établi par les protagonistes parici.gif

https://whatsalp.org/wp-content/uploads/2016/09/170929_whatsalp_fr.pdf

Publié le 07/01/2018 11:03  - aucun commentaire -

Menton : Les migrants de l’autre côté du miroir.

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Le journaliste italien Massimo Calandri, correspondant à Gênes pour le quotidien « La Repubblica » est venu enquêter à Menton sur la condition préoccupante des migrants. Les médias français nous abreuvent d’images de naufrages sur les côtes italiennes, mais lorsqu’il s’agit de la frontière franco-italienne, en fonction de l’effet recherché, certains minimisant le phénomène, d’autres au contraire l’amplifiant, finalement, peu de reportages traitent avec objectivité de la situation à Menton. Pour y travailler et franchir régulièrement la limite entre les deux régions européennes, je connais un peu la conjoncture dans cette petite ville tranquille.

Il m’a paru intéressant de traduire l’article du journaliste qui dépeint avec justesse et sensibilité le contexte mentonnais, nettement moins dramatique qu’en Italie, car le bras de fer qui oppose Manuel Valls et Matteo Renzi semble pencher pour l’instant « en faveur » du Premier ministre français. Rares sont les migrants qui réussissent à pénétrer véritablement sur notre territoire.

Le microcosme mentonnais incarne à moindre échelle l’état d’esprit européen actuel : l’émotion devant la souffrance de ces pauvres gens que l’on ne veut toutefois pas voir chez soi…

Crise de 2008, absence d’identité politique et sociale de l’Union européenne, globalisation ?  Beaucoup de facteurs expliquent la tendance au repli sur soi, mais on pourra ériger tous les murs du monde, virtuels ou réels, rien n’arrêtera les migrants. Ils n’ont rien à perdre, la mort ne les effraie pas ;  ils l’ont côtoyée de si près qu’elle leur est désormais familière.

Entre baigneurs et parasols, Menton ne fait semblant de rien.

D’après Massimo Calandri

À cent mètres de là, cela semble une tout autre histoire.  Une petite crique entre les rochers. Quelques couples prennent le soleil ; une jeune fille nage et rit effrayée, son fiancé vient de plonger et la poursuit. Sur la promenade, une élégante dame d’âge mûr  est contrariée ; son grand chapeau de paille risque de s’envoler.  Le Libeccio : vent chaud, africain.

Mais cent pas plus loin, de l’autre côté de la frontière entre l’Italie et la France, au-delà de ce mur de gendarmes et fourgons, le vent souffle également, plus léger. Cependant, ne vous y fiez pas. C’est seulement une impression.

« Indésirables » titre Nice-Matin, le quotidien local. Une grande photo de la gare de Vintimille, avec la foule des migrants et de la police. Dans l’article, l’adjectif « misérables » est répété à plusieurs reprises ainsi que les mots : peur, tension, illégal. Il y a un entretien avec Enrico Ioculano, le maire : il est décrit comme «  un jeune playboy italien à  Rayban », élégant, élu après qu’une enquête sur la mafia a fait place nette des politiques.

Le maire de Menton, lui, est Jean-Claude Guibal, 74 ans et depuis 25 ans premier magistrat de la ville. C’est un responsable politique membre de l'Ump, désormais rebaptisé « les Républicains », le parti de droite de Sarkozy. Son épouse est la sénatrice Colette Giudicelli, numéro deux du conseil général des Alpes-Maritimes, présidé par Éric Ciotti, « Monsieur Sécurité ». Tous Républicains. Du reste, dans la riche et conservatrice Riviera française il ne pourrait en être autrement. Menton ressemble à Santa Margherita Ligure : 30.000 habitants, fréquentation touristique d’une classe moyenne supérieure, rues propres et limitation de la vitesse à 30 km/h, un beau musée dédié à Cocteau, beaucoup de villas, mais aussi des studios : les Français du Nord, voire les Italiens, après leur retraite ont investi ici, climat mythique et tranquillité. Jean-Claude Guibal a demandé hier au Premier ministre Manuel Valls de « maintenir la frontière fermée et protégée, ne serait-ce que pour faire comprendre à celui qui penserait émigrer qu’en Europe il n’aura pas d’avenir ».

Après la frontière, en passant par le Pont Saint-Louis, la route du bord de mer, le premier magasin est une boulangerie qui fait aussi bar ; la propriétaire de « L’amie de pain », Stéphanie, est une jeune femme blonde. Elle dit que cela fait de la peine de voir « les migrants traités comme des chiens, prisonniers d’une loi qui n’existe pas. Et quelle honte, les gens qui bronzent devant eux en faisant mine de rien. »

Hier matin, un monsieur, un Italien a acheté beaucoup de croissants : «  Il disait qu’il les aurait portés à ces garçons. Ainsi, nous leur avons donné nos « baguettes ». Ce n’est pas beaucoup, mais c’est tout de même quelque chose. »  Ces dernières années il en a vu des centaines, passer la frontière à pieds, silencieux, la tête basse. Et de poursuivre «  Personne ne m’a jamais créé de problèmes. Menton est une ville tranquille. Mais, les choses ont changé depuis quelques mois, car avant, ils étaient seulement de passage, ils ne s’arrêtaient pas en France. Maintenant, c’est différent. Désormais, les Français ont peur. »

Jean-Michel, pharmacien à la « Hanbury » magasin situé à l’entrée de Menton, se revendique un français exemplaire : « ni droite, ni gauche, je ne vote plus. Mais je travaille dur, je paye mes impôts. » Et il dit que non, les migrants ne doivent plus venir en France. « Ils traversent le pays et arrivent à Calais au bord de la Manche. Cela ne posait pas de problèmes quand ils allaient en Angleterre, en Hollande, ou en Allemagne. Mais aujourd’hui, ils ne réussissent plus à passer et on les retrouve quelque part travaillant au noir, alors que les Français sont au chômage. Santé, école et services : nous devons payer pour eux, mais aujourd’hui, il n’y a plus d’argent ».

Le Narval est le bar le plus ancien de Menton : vingt ans en arrière, les Italiens venaient acheter cigarettes et alcool. Désormais, c’est le contraire qui se passe, ce sont les Français qui vont au bar Conad, un kilomètre plus loin en Italie : les prix sont plus intéressants. « Mais les Italiens continuent à être d’excellents clients, car ici il peuvent jouer aux courses ». Cependant, depuis quelques jours, ils disent que l’on ne voit plus personne : avec le blocage à la frontière, les gens n’ont pas envie de faire la queue. Et à la veille de la saison estivale, ceux de l’office de tourisme esquivent le problème.

Parmi les couples de la plage, il y en a un de Mondovì­­­. Ils sont retraités et possèdent un studio à Menton. Ils sont arrivés il y a quelques jours en train. « Et comme toujours, à la petite gare de Garavan (la première après la frontière) c’est l’horreur : les CRS qui montent à bord, crient et trainent par terre ces pauvres garçons. Ce n’est pas juste, ce n’est pas humain. Et puis, chez nous, il n’y a plus de place, c’est le reste de l’Europe qui doit les prendre ». 

Publié le 09/07/2015 10:07  - aucun commentaire -
Danse à la verticale  -  par Capleymar

Un peu de poésie dans ce monde...

Publié le 29/01/2015 13:28  - aucun commentaire -
Inégalité et individualisme  -  par Philocat

INÉGALITÉ ET INDIVIDUALISME

Cet été, les conversations passionnantes échangées par courriels avec une amie partie en voyage m’ont suggéré une idée de billet à publier sur le blog. Nos discussions gravitent principalement autour de deux concepts qui sont : les inégalités et l’individualisme.

Je défends la thèse selon laquelle l’individualisme est un frein parmi d’autres à la constitution d’un mouvement solidaire destiné à lutter contre les inégalités.

Mon amie pense que de tout temps, « chacun cherche à survivre pour lui et sa famille, puis progressivement quand le niveau de vie s’améliore, à vivre le mieux possible pour lui et ses proches »

Nous nous rejoignons sur deux points essentiels ;

  • les régimes communistes n’ont apporté aucune solution à la résolution du problème des inégalités, bien au contraire.
  • Aujourd’hui, « une petite élite mondiale concentre l’argent et le pouvoir ». Certains mouvements « en réaction à un individualisme décrié » s’organisent pour lutter contre ce système au niveau de l'économie collaborative, par le biais des réseaux sociaux, de nombreux bénévoles s’investissent dans des associations.

Quelques idées émergent de cette correspondance…

Il existe 2 types d’inégalités : naturelles et sociales.

La politique devrait s’employer à rectifier ou, de manière plus réaliste, atténuer les inégalités naturelles et surtout sociales. Or, force est de constater que, quels que soient les gouvernements successifs, les inégalités se creusent...

Ce n’est pas moi qui le dis, mais le très respectable Institut national de la statistique INSEE.

Et pourtant, pourquoi les laisser pour compte, ceux qui souffrent de discriminations ne se regroupent-ils pas pour revendiquer plus de justice ?  

François Dubet1 fait la remarque suivante : 

« Si la conscience des inégalités semble s’accentuer, elle ne débouche pas pour autant sur des formes d’action collective véritablement intégrées et organisées. »

Certes, les réseaux sociaux jouent désormais un rôle important en termes de lien social favorisant des mouvements remarquables, Les Indignés, Le Printemps arabe, Occupy Wall Street (OWS), mais ces mobilisations s’essoufflent faute d’un véritable projet collectif.

Les déçus de la gauche, celle même dont la mission relève de la réduction des différences, de l’amélioration des conditions d’existence des plus démunis, du maintien du niveau de vie des classes dites « moyennes », se tournent, en désespoir de cause, vers le parti obscur qui rend « l’autre pauvre », l’immigré, l’étranger, coupable de leurs maux. Ils se réfugient dans un constat amer et résigné, voire haineux, mais se mobilisent peu. 

De l’individualisme démocratique à l’égocentrisme.

La tendance à l’individualisme dans nos sociétés contemporaines me semble expliquer bien des choses. À cet égard, le sociologue Olivier Bobineau2 fait la remarque suivante :

« Quand nous disons « individualiste », il n’y a pas de jugement de valeur. Il s’agit, à la suite de l’anthropologue Louis Dumont, de signifier que notre modernité consacre un état d’esprit d’individus égaux et libres, contrairement à l’esprit des sociétés anciennes où régnait une compréhension foncièrement inégalitaire et hiérarchique du lien entre les hommes, avec la subordination à la société des éléments et parties la composant (Dumont, 1966, 1977 et 1991) »

Ce constat peut être attribué à différents facteurs, parmi lesquels certains me sont apparus comme déterminants :

La génération « contestataire » s’oppose à la génération « attestataire »

D’une part, les générations issues de mai 68 en réaction à une éducation rigide et liberticide tentent de donner à leur progéniture tout ce dont ils ont été privés, à savoir l’épanouissement, l’autonomie.  L’enfant devient alors le centre de l’intérêt familial et développera, dans certains cas à l’âge adulte, un égo surdimensionné. Il refuse les règles collectives et fait preuve d’une absence de compassion envers autrui.

Les années 80 ;  l’avènement d’un nouveau capitalisme

Parallèlement, les bouleversements économiques et technologiques, la flexibilité du travail, ont entrainé un processus croissant d’individualisation des relations. Depuis le début des années 80, le néolibéralisme prône davantage les droits individuels que les droits collectifs. Le profit, la performance, la précarisation de l’emploi contribuent à la mise en concurrence des salariés lesquels, précédemment se rassemblaient pour lutter contre un « ennemi commun ». C’est le règne du « chacun pour soi ». 

François Dubet1 pense que l’homme moderne ressent les inégalités comme brutales, même si elles le sont parfois moins qu’auparavant, tout en se considérant comme responsable de ce qui lui arrive. 

Le consumérisme ; le désir anéanti par les pulsions

Enfin, le système économique par lui-même encourage un certain narcissisme en jouant sur les pulsions, antagonistes du désir, que Bernard Stiegler3 considère comme un des fondements de notre société consumériste. « Or, généralement, ce qui fait la valeur de la vie (aimer quelqu’un, admirer une œuvre, défendre une idée...) n’a pas de prix : les objets du désir sont par structure infinis, c’est-à-dire incalculables. En les soumettant au marché, on détruit le désir, qui est réduit à un calcul. Cela produit une société démotivée, qui a perdu toute confiance en elle, où il n’y a plus de relations sociales, et où triomphe le contraire du désir, à savoir la pulsion : la guerre de tous contre tous, une société policière » « Une société très dangereuse. » 

Aujourd’hui, nous sommes entrés dans ce qu’Olivier Bobineau nomme l’ère de « la troisième modernité »* ou ère du « tribalisme » dans laquelle l’individualisme perdure. L’individu appartient à des microgroupes.  Il leurs manifeste son intégration par des signes d’identification tels les vêtements, les tatouages, etc. l’homme hypermoderne est engagé dans « une construction identitaire selon ses desiderata. ».

Au regard de ce constat somme toute assez pessimiste, on peut s’interroger sur le moyen de faire société.

Comment construire un avenir commun ?

La contrepartie d’un individualisme exacerbé entraine également une exigence et un sens critique très développé envers les institutions, le pouvoir. Pour aller plus loin, on assiste sur l’ensemble de la planète à un attachement croissant aux droits de l’homme.

- Mondialisation, développement des communications

La mondialisation conduit les citoyens à faire preuve d’ouverture et donc de tolérance. L’altermondialisme représente une des premières manifestations politiques d’un engagement citoyen, coopératif, associatif à l’échelle mondiale. Au plan local, des initiatives de soutien scolaire, de loisirs éducatifs, de banques alimentaires, d’action sociale d’urgence, se constituent.

Le développement d’Internet favorise les échanges et le partage : logiciels libres, sites internet collaboratifs, forum.

- Économies parallèles

On assiste au développement de nouvelles formes d’économie plus respectueuses de l’environnement et plus humaines : microcrédit, structures d’économie sociale et solidaire, réseaux coopératifs.

- L’éducation

Parmi les moyens de lier le « je » et le « nous », l’éducation doit jouer un rôle primordial en mettant l’accent sur une réelle égalité des chances ;

- une école offrant les mêmes possibilités de réussite à tous en allouant plus d’aides à ceux qui en plus besoin.

- un système éducatif qui veille à lutter contre les discriminations et l’exclusion.

Du territoire à l’ensemble du monde : une participation citoyenne à la vie politique s’impose.

La reconnaissance des individus en tant que citoyens égaux devant le droit et la reconnaissance de la dignité des personnes dans leur diversité constituent des prérequis fondamentaux pour faire société. L’accroissement des injustices  qui alimente les peurs, les replis et les recherches d’identités entraine des formes de demandes de légitimations émanant d’individus ou de groupes. Ces revendications témoignent d’une aspiration à l’équité et d’un besoin profond : celui d’être inclus dans l’échange social. Cette intégration pourrait prendre pour expression le droit de vote local pour les résidents étrangers, dispositif complété par d’autres mesures comme la représentation politique, la participation civique et sa valorisation, la visibilité médiatique.

Or, la dimension autocratique de l’état est un frein au sentiment d’appartenance du citoyen à une communauté. Ce dernier se sent de plus en plus évincé du débat et les représentants politiques en raison de leur éloignement des préoccupations quotidiennes du peuple se coupent chaque jour davantage de leur électorat. L’organisation de l’Europe en ce sens a accentué cette impression d’isolement de la population par rapport à ses dirigeants.

Dominique Rousseau5 dans un entretien avec Joseph Gonfavreux pour Médiapart exprime la nécessité d’une participation civile à la vie politique : « Aujourd’hui, l’Assemblée nationale représente le citoyen abstrait et il faut une autre assemblée pour représenter les citoyens concrets, c’est-à-dire situés dans leurs activités professionnelles et sociales. Et il faut bien sûr reconnaître à cette assemblée un pouvoir délibératif et non seulement consultatif. »  

 L’abbé Emmanuel, Joseph SIEYÈS

(1748 - 1836), célèbre dès 1788 par son Essai sur les privilèges   synthétise avec la plus grande pertinence les aspirations du peuple : 

Vers la fin du travail ?

Mais, pour s’investir dans la vie de la cité encore faut-il du temps…

Depuis le XIXe siècle, le travail occupe une place prédominante dans l’activité humaine. Or, nous constatons que beaucoup d’entre nous, conséquence de la crise, mais aussi, développement des nouvelles technologies en sont privés.  Certains économistes pensent même, à l’instar de Jeremy Rifkin6 que les emplois sont condamnés à disparaître en grande partie : nous entrons dans l’âge de l’informatisation, qui ne pourra jamais absorber les millions de travailleurs qu’employaient l’agriculture, puis l’industrie, puis le tertiaire.

Est-ce un mal social ou une occasion offerte à  l’homme de mettre à profit un temps libéré pour se consacrer à d’autres activités que celles assez réductrices de ses obligations professionnelles ?

L’allocation d’un revenu inconditionnel attribué au citoyen dès sa naissance jusqu’à sa mort représente non seulement un moyen de résorber la pauvreté mais aussi une opportunité pour l’individu exonéré d’un travail aliénant  de s’investir dans la société civile.

Un engagement politique, associatif  constitue une source  d’épanouissement et un sentiment d’utilité sociale.

« Le travailleur n’est pas seulement un travailleur, un producteur, c’est aussi un corps, un esprit, un parent, un citoyen, et chacun de ces rôles nécessitent un temps propre, une disponibilité qui fait obstacle à la pure logique du marché » écrit Dominique Méda4.

Repenser la société

Nous aurons compris que l’application des diverses transformations sociales et politiques évoquées tout au long de ce texte exige la refonte de notre modèle de société, de ses structures mêmes, économiques et philosophiques.

Au regard du dérèglement écologique, du profond malaise social et politique, nous constatons que ni le système néolibéral actuel ni les régimes politiques expérimentés tout au long de l’aventure humaine n’apportent de réponses véritablement satisfaisantes.

Sans doute faut-il songer à vivre différemment, de manière plus simple, sans pour autant renoncer aux progrès technologiques que l’on peut mettre au service de la population et de la nature ?

L’individu ne peut se résigner au statut réducteur de consommateur qui engendre beaucoup de frustration et jamais de véritable satiété. 

Il existe en chacun de nous bien d’autres sources de richesse.

  • * Notes : « la troisième modernité » succède à « la première modernité » et « la seconde modernité ». Le concept même de modernité repose sur la notion de séparation : séparation des pouvoirs, séparation de l’État et des Églises, de la sphère publique et de la sphère privée, des institutions et des sentiments (Donegani & Sadoun, 2007, pp. 7 et 427).

La première modernité couvrirait la période du milieu du XIXe siècle aux années 1960. Cet « individualisme abstrait » (De Singly 2005) met en avant la vision d’un individu doué de raison qui, à la suite des Lumières, s’émancipe des traditions communautaires.

À partir des années 1960, avec la deuxième modernité apparaît « l’individualisme concret ». Avec ce dernier, « Il ne s’agit plus tant de se séparer de ses attaches communautaires au nom de la raison émancipatrice que de développer l’individu en revendiquant son originalité, son authenticité et son indépendance » (Bobineau & Tank- Storper, 2007).

Dans le cadre de la troisième modernité, « l’individu se construit et se singularise aujourd’hui non pas tant en se référant à son authentique et originale individualité (deuxième modernité) » qu’en s’appropriant des caractéristiques communautaires et affinitaires – celles de son quartier, de sa région, de sa culture singulière, de sa religion, de ses réseaux de prédilection... ou encore celles de ses parents. Affinités, par conséquent, partagées en cercles restreints.

Quelques repères bibliographiques.

: François Dubet est sociologue et directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Inégalités et justice sociale, sous la direction de François Dubet. Éd. La Découverte. Pourquoi moi ? L'expérience des discriminations, Éd. Seuil, 2013.

: Olivier Bobineau, est sociologue « La troisième modernité, ou l'individualisme confinitaire »  SociologieS [En ligne], Théories et recherches, mis en ligne le 06 juillet 2011, URL : https://sociologies.revues.org/3536

: Bernard Stiegler est philosophe, directeur de l’IRI, Institut de Recherche et d’Innovation au Centre Georges Pompidou et président de « ARS INDUSTRIALIS », cercle de réflexion. Ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue, de la pharmacologie, Éd. Flammarion, 2010. États de choc - Bêtise et savoir au XXIe siècle, Éd.Fayard/Mille et une nuits, 2012.

4 : Dominique Méda est normalienne philosophe et sociologue Professeure de sociologie à Paris-Dauphine. Elle est également directrice de l'Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (Irisso). Qu’est-ce que la richesse ?  Réed.Champ-Flammarion, 2000. La mystique de la croissance. Comment s'en libérer, Éd. Flammarion, 2013.

5 : Dominique Rousseau est professeur de droit constitutionnel à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne et préconise l’écriture d’une nouvelle constitution. La Ve République se meurt, vive la démocratie, Éd. Odile Jacob, 2007.

6 : Jeremy Rifkin : La troisième révolution industrielle  Éd. Les liens qui libèrent, 2012,  La Fin du travail Éd. La Découverte, 2007.

Publié le 27/09/2014 16:12  - aucun commentaire -
Habiter les Alpes au XXIe siècle  -  par Capleymar

Les Alpes et l’homme ; une cohabitation possible ?

Annibale Salsa dans un texte publié dans la revue Dislivelli du mois d’avril 2014 ayant pour titre Les nouveaux montagnards du XXIe siècle pointe sur un certain "fondamentalisme environnemental"  qui va jusqu'à entraver la vie quotidienne de la population elle-même. 

Inversement, l’urbanisation sauvage de certaines stations de ski avec toutes les dégradations de l’environnement qu’elle engendre n’est certainement pas une solution. Certains sites des Alpes centrales et orientales inspirent un véritable sentiment d’harmonie entre l’activité humaine et la nature.  Il semble qu'il existe dans ces territoires un prototype d'assimilation de l'homme au milieu montagnard qui pourrait servir de modèle à l’ensemble des acteurs du massif.

Sans doute la recette réside-t-elle dans le fait que ces régions intègrent une culture de la montagne sans discontinuité depuis la nuit des temps. Elles ont subi en proportion moindre, les mouvements d'exode qui ont participé à la désertification de certains territoires alpins.

Aujourd’hui, on observe un phénomène de repeuplement de certaines régions de l’arc alpin. L’économie dématérialisée pourrait, en supprimant les problèmes de déplacements dus au relief,  représenter une voie, parmi d’autres,  à explorer. 

L’anthropologue et ex-président du CAI nous livre dans cet article une analyse passionnante de l’état des Alpes contemporaines, à la recherche d’une voie médiane entre tradition et modernité, viabilité économique et protection  de l’environnement.

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Habiter les Alpes au XXIe siècle

D’après un texte de Annibale SALSA*

La « sportivisation » de l’espace montagnard et un certain environnementalisme fondamentaliste d’essence urbano-centrée ont transformé les hautes terres de ce beau pays en un espace de contradictions. Mais comme en témoigne la publication de Dislivelli « Nouveaux montagnards. Vivre dans les Alpes en XXIe siècle », aujourd’hui, le scénario est en train de changer. Et nous assistons stupéfaits à l’émergence des « nouveaux montagnards ».

L’héritage du patrimoine montagnard, qui nous a été transmis dans la seconde moitié du XXe siècle, est celui d’une montagne inhabitée, rejetée, marginalisée ou idéalisée sous un angle rhétorique. Le rendez-vous avec le boom économique après la Seconde Guerre mondiale a coïncidé avec le développement de la ville, la métropole plus particulièrement, et avec une représentation bipolaire des hautes terres comme une relation schizoïde. D’une part, il y a la mère et la marâtre du monde de la montagne des vaincus, tel qu’elles sont vécues par la population comme hyper-lieu de la souffrance et non-lieu des opportunités vitales. La dualité entre nostalgie et déni a traversé les années soixante, soixante-dix et quatre-vingt du siècle dernier. D’autre part, la montagne des citadins a créé une autre forme d’ambivalence, tout aussi pernicieuse. Le désir de consommation et de divertissement a contribué à transformer certains territoires en aire de loisir, en terrain de jeu.

À certains égards, ce point de vue semble faire écho, mais avec des accents différents, à la représentation des Alpes définie par l’alpiniste anglais Lesley Stephen en termes de « terrain de jeu de l’Europe ». Cela s’est traduit par un excès de « sportivisation » de l’espace montagnard, responsable de la construction des stations de troisième génération et des installations visant à la pratique du ski total, délibérément exemptée de tout lien avec les résidents de la communauté. Dans cette affirmation de l’absolutisme d’une culture unique, la notion de « territoire » est dépossédée de sa véritable signification socio-anthropologique et réduite à l’expression « terre » de glisse.

Le revers de la médaille de cette conception a donné lieu à l’émergence d’une écologie fondamentaliste, d’essence urbano-centrée, polarisée sur le contraste entre l’homme et l’environnement. Les années soixante et soixante-dix ont posé des problèmes primordiaux de nature écologique, rendant indispensable la nécessité d’aborder la question des limites à la croissance.

La débâcle urbanistique, conséquence d’une montagne colonisée par les styles architecturaux kitch et les modes de vie qui en découlent, ont violé, dans leur orgie consumériste insatiable, cette notion de limite dont la montagne constitue un rappel perpétuel, physique et moral, malgré les séductions de la société du no-limit.

Il ne pouvait donc pas ne pas émerger une conscience critique à ce sujet.

Toutefois, l’attitude adoptée pour répondre aux nouvelles urgences environnementales, tend à considérer les populations alpines de plus en plus résiduelles, comme un obstacle à la libre expression de la nature. La philosophie de la gestion des parcs, surtout nationaux, a été conditionnée par une vision purement conservatrice où l’autochtone est perçu comme un intrus. À cet égard je me souviens des vieilles polémiques au sein des parcs entre les habitants, les administrateurs et les protectionnistes.

Dans ce contexte, il s’est installé une sorte de fausse conscience. À une « culture du oui » tolérant sans discernement toutes les formes d’infrastructures défigurant le paysage s’oppose une « culture du non », non moins irréductible, sur le front de l’interdiction. L’idée du paysage comme un espace d’interdépendance entre les montagnards et le milieu naturel a été totalement occultée.

Les quelques habitants survivants ont dû composer avec une bureaucratie asphyxiante et décourageante dans leur gestion des activités traditionnelles agricoles, sylvicoles et pastorales. Entretemps, l’évolution de la philosophie de la défense de la nature d’une position de tutelle passive vers des formes actives de protection, en particulier à la lumière d’une perception de l’environnement déclinée en termes de complexité, réserve un champ de plus en plus vaste, à une conception mâture du paysage ; non plus la dimension contemplative et esthétisante d’essence idéaliste, à l’origine des premiers actes législatifs dans l’Italie des années 1930 (Loi Bottai 1939) refuge sécurisant pour « belles âmes » hégéliennes. Au contraire, il y a une prise de conscience récente et croissante du rôle inéluctable des nouveaux hommes de la montagne considérés comme « bâtisseurs de paysage », « faiseurs de Montagne » au sens de Bernard Debarbieux. La coexistence des philosophies antagonistes du « tout permis » ou « tout interdit » a transformé le « beau pays » en un territoire de contradictions. La poursuite obsessionnelle de la vitesse à tout prix a réduit la montagne à un stade de ski et d’alpinisme, faisant imploser la relation espace-temps et suscitant l’oubli de la valeur d’un monde profondément influencé par la nature et la culture. Ces deux facteurs, plutôt que d’être placés dans un rapport de convergence et d’ascendance réciproque, ont été représentés en termes d’opposition.

Aujourd’hui nous assistons stupéfaits à la naissance de « nouveaux montagnards ». Qui se souvient des années d’après-guerre, caractérisées par l’anathème envers la montagne, éprouve un sentiment de surprise en observant les témoignages d’intérêt pour la vie sur les hautes terres.

Qu’il soit question du phénomène de « retour au pays » ou de ceux qui cherchent des lieux offrant une qualité de vie dans un monde de plus en plus invivable pour des raisons imputables à l’émergence de nouveaux besoins (« désir de communauté » de Zygmunt Bauman ?), nous sommes, à l’évidence, en présence de faits complètement inattendus.

Quand la montagne semblait devoir osciller entre l’exploitation industrielle, le consumérisme ludique et la mythification de la nature sauvage, personne n’aurait pensé qu’il subsiste encore un espace pour une action de repeuplement.

Aujourd’hui, le scénario se transforme. Cependant, il apparait comme nécessaire de s’interroger sur l’existence d’une place pour « l’homme de la montagne », en dehors des stéréotypes folkloriques, alors qu’il se sédentarise ou devient berger transhumant et doit faire face à la recrudescence des grands prédateurs.

L’idée de la montagne comme un espace réduit à une nature « intacte » et dépourvue d’êtres humains contraste en fait avec l’histoire du paysage alpin et les nouveaux « désirs de montagne ». Il faut, par conséquent, une gouvernance novatrice capable de tirer profit des erreurs du passé et d’accompagner la demande actuelle dans le but d’assurer un avenir humain et écologique à nos montagnes.

* Sa biographie en quelques mots…

Annibale Salsa (1947), Anthropologue, ex-président général du CAI, ex-doyen de l’Université de Gênes, Président du Comité Scientifique de l’Accademia della Montagna del Trentino, Membre du Comité Scientifique de la Fondazione Unesco-Dolomiti.

Vainqueur de la carde d’or de l’Itas 2008 et autres consécrations internationales avec l’essai « Il tramonto delle identità tradizionali » (Priuli & Verlucca).

Conférencier et auteur de multiples publications, également dans des contextes internationaux : scientifiques, historiques, sur l’identité des minorités linguistiques dans les Alpes.

Membre du Groupe Italien des écrivains de Montagne (GISM). Auteur – à la demande de Reinhold Messner  d’un chapitre de l’ouvrage « Dolomiti Patrimonio dell'Umanità ». Éditorialiste au quotidien trentin « L’Adige ».

Publié le 14/08/2014 16:26  - aucun commentaire -
Le Ficanas au Cédac  -  par Philocat

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Dans son blog Le Ficanas, Christian Gallo nous fait part d’une excellente  nouvelle : Le concert de  Trilok Gurtu  au CEDAC de Cimiez à Nice, le 17 mai  dernier.

C’est l’occasion de tirer un coup de chapeau à quelques courageux et visionnaires agitateurs culturels…



Le CEDAC de Cimiez grâce à l’initiative de Pierre De Maria, nous offre dès le milieu des années 80 le Jazz le plus avant-gardiste du moment, prenant le relais hivernal du Festival de Cimiez. L’identité de ce dernier,  dans les années 80-90,  reposait  sur deux particularités : d’une part, la convivialité d’une fête populaire se déroulant dans un cadre mythique, d’autre part, la représentation majoritairement qualitative de la production musicale la plus inventive de l’instant.

Le CEDAC suit depuis cette époque cette ligne de programmation, enchantant les périodes de disette musicale, tandis que le rebaptisé Nice Jazz Festival s’est éloigné d’année en année, tant géographiquement que culturellement, de sa vocation initiale.

Il est vrai que la disparition de Miles Davis, Joe Zawinul, Jaco Pastorius, Michael Brecker et plus récemment Paco De Lucia prive l’offre musicale de certains de ses représentants les plus intéressants, mais  il reste de grands créateurs tels Chick Corea, Herbie Hancock dont la relève parait assurée par quelques étoiles montantes comme, le jeune Géorgien Beka Gochiashvili, l’Arménien Tigran Hamasyan ou encore l'Israélien Yaron Herman.

Le Nice Jazz Festival pendant plusieurs années a dérivé vers des voies mal définies produisant des artistes de variété internationale ou de pop musique n’ayant que peu de rapport avec le Jazz.  Désormais, il semble rejoindre une direction plus conforme à son expression première. 

Cependant, son  déracinement vers un centre-ville chaotique lui ôte la magie que lui conférait l’environnement féérique de l’oliveraie de Cimiez. Cette osmose entre culture et nature faisait de ce festival, un évènement unique dans le paysage des manifestations estivales.  C’était une sorte de « Contre Juan Les Pins », la représentation  jazzistique par essence  de l’été, dont la prestigieuse programmation ne prend guère de risque en proposant des artistes de grande qualité certes, mais déjà célèbres et frustrant ainsi le public de nouvelles émotions. 

Publié le 28/07/2014 10:09  - aucun commentaire -
La ballade de Bavella  -  par Philocat

Enfin une une approche hédoniste de l'escalade... On sent les odeurs minérales, empyreumatiques de la Corse.

Certes, la voie est tout de même côtée 8a+, mais à aucun moment on a une impression de force ou de violence. La difficulté apparaît comme une équation à résoudre et mis à part les pieds, le corps ne semble pas souffrir.

Cette progression tient plus de la chorégraphie que d'un challenge sportif même si la performance est bien réelle.

La poésie du texte et la beauté des images nous offrent 13 minutes de bonheur vertical.

Publié le 22/05/2014 14:14  - aucun commentaire -

Comment peut-on être Anticapitaliste ?

La lecture de l'excellent "Philosophie magazine" n°26 de Février 2009 dans lequel figurait un passionnant dossier intitulé "Comment peut-on être Anticapitaliste ?", m'a inspiré les lignes qui suivent.


Comme beaucoup d'entre nous, je cherche des pistes...

Il en résulte que le capitalisme mondialisé et dérégulé se définit comme , "connexioniste" pour Luc Boltanslki, "liquide" pour Zygmunt Bauman, "réticulaire" pour Toni Négri, "psychique" pour Bernard Stiegler, "total" et "sans dehors" pour Jean Baudrillard et Alain Badiou, "cataclysmique" pour Paul Virilio.

Instauré comme système unique, il n'est pas viable à long terme (jusque là nous avons toujours été d'accord !) car l'homme n'est pas réductible à un être exclusivement attaché à la poursuite rationnelle de son intérêt. Il est aussi un être-pour-autrui, capable de don et de désintéressement. Ouf ! On n'y croyait plus !

A partir de ce constat, plutôt rassurant sur la nature humaine, certains de ces penseurs ont leur petite idée...

Ø  Mohammed Yunus propose deux systèmes qui cohabiteraient, l'un capitaliste basé sur la recherche du profit, l'autre altruiste régit par la seule gratuité.

Ø  Michael Walser évoque un "constitutionnalisme économique"  capable de délimiter les biens communs ; la santé, l'éducation, l'environnement, la justice sociale doivent être exclus de la sphère marchande.

Ø  Toni Negri pense que ce sont les individus (la Multitude) s'organisant spontanément en réseau qui peuvent contrer le capitalisme impérial. Le combat de Toni Negri se veut une lutte pour le triomphe de l'amour sur l'individualisme, véritable fondement de l'exploitation.

Ø  Bernard Stiegler estime que l'hyperconsommation satisfait en les renforçant, nos  pulsions et non pas nos désirs. Or les pulsions sont proprement destructrices tandis que les désirs sont source de création. il considère la crise actuelle comme une "désublimation" mortifère. La résolution de la crise passerait par l'instauration d'un capitalisme participatif, dans lequel l'homme ne serait plus un objet mais un véritable sujet du système. Cette mutation serait rendue possible par les techniques modernes de communication.

Etc.

Quelques réflexions lumineuses émaillent ce dossier captivant ....    

"La valeur véritable, celle qui devrait être recherchée et pratiquée, c'est la bonté et non le "bien". De nombreux crimes répugnants, aussi biens collectifs qu'individuels, ont été perpétrés, au cours du siècle dernier (et encore aujourd'hui), au nom du bien. Le bien renvoie à une valeur absolue : si je sais ce que c'est, je suis autorisé à justifier n'importe quoi en son nom. La bonté signifie au contraire écouter l'autre, elle implique un dialogue, une sensibilité aux raisons qu'il ou elle peut invoquer."

Zygmunt Bauman

Aux U.S, "l'enjeu  de la compétition, c'est la survie d'une famille, les soins de santé pour les enfants, une éducation décente, la dignité des personnes âgées. De tels risques ne laissent pas beaucoup  de place à la moralité. Car les gens n'agissent décemment que s'ils sont traités décemment"

Michael Walzer

Réussirons-nous à émerger des "eaux glacées du calcul égoïste ?"(K.Marx)


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Publié le 19/12/2010 00:38  - aucun commentaire -